vendredi 4 juin 2010

Najat Aatabou


Najat Aatabou : Au Maroc, la Berbère Najat Aatabou, grande star de la chanson populaire châabi au royaume de Mohammed VI, tient une sorte de courrier du cœur, s’inspirant " des lettres, très nombreuses, que je reçois des femmes qui m’écoutent puis me racontent leurs problèmes. Et je les résous en chantant.

"Et quels sont les douleurs des femmes marocaines ?" Comme partout, des blessures d’amour. Des maris infidèles, des foyers parallèles, des mensonges. " Comment cette infatigable joueuse de mots, alignant des strophes (en arabe, parfois en tamazight, l’une des trois langues berbères du Maroc) comme une rappeuse du Bronx, traduit-elle ces blessures ordinaires ? " Eh bien, par exemple, j’ai une chanson, Souerret (Ces clés sont à qui ?). La femme prend le trousseau du mari, et passe en revue les clés les unes après les autres, la porte d’entrée, le garage, le bureau, et l’une ne correspond à rien... "

Femmes trompées, jalouses, jamais soumises, telles sont celles qui peuplent l’univers des chansons écrites par Najat Aatabou, qui fustige " l’homme qui ment toujours ", inventant travail et réunion, ou celui qui abandonne son épouse enceinte en prétextant que l’enfant n’est pas de lui. Au passage, elle s’en prend aux maîtresses, et cela fait un tube, Choufi Ghirou (Cherches-en une autre). Du groupe-phare de l’opposition marocaine, Nass-el-Ghiwan, elle dit simplement : " Eux, ils font de la chanson engagée. " Chapeau à large bord, maquillage impeccable, manteau à motifs panthère, Najat Aatabou promène des allures de star, légitimement. Enceinte, la " lionne de l’Atlas " a momentanément abandonné ses tailleurs-pantalons de cuir noir, au profit d’une robe de velours cernée de perles. A quelques jours d’un retour à l’Olympia, où elle avait fait ses débuts français en 1984, Najat Aatabou revient sur un parcours qui l’a menée de sa ville natale de Khemisset, dans le Moyen Atlas, au triomphe. En 1981, Najat Aatabou chante dans un mariage une chanson inspirée d’une histoire vraie : une de ses amies part en voyage, et à son retour son fiancé est mort. " J’en ai marre, j’en ai marre ", psalmodie la jeune femme.

Dans l’assemblée, un joyeux bootlegger enregistre secrètement la voix vibrante de Najat Aatabou. Quelques semaines plus tard, alerté par la radio et les cassettes pirates, le petit peuple marocain fredonne la chanson de cette inconnue dont on ignore le visage, le nom, l’identité. Najat entend sa voix par hasard en faisant ses courses. Sa famille aussi. " Je n’étais pas contente, dit-elle aujourd’hui. Je voulais faire des études, devenir avocate, mais... mektoub. Je suis tombée malade, clouée au lit. J’étais terrorisée par la réaction de mes frères. Chanter, pour une femme, était synonyme de mauvaise vie. " Najat se réfugie à Casablanca, et signe un contrat avec les éditions musicales Hassania. Bannie pendant plus de trois ans par sa famille, elle en fait une chanson, Ma mère qu’est-ce que j’ai fait ? Excuse-moi, c’est le destin qui nous a séparées, qu’elle vient de reprendre en duo avec Neneh Cherry. Najat Aatabou n’est pas à proprement parler une chikha, chanteuse traditionnelle à la parole libre, à l’instar des chikhates du Moyen Atlas. Celles-ci incarnent une tradition paysanne où le rythme est donné par le bendir et la mélodie appuyée par le luth lotar, tandis que Najat Aatabou en provoque le dévoiement urbain, synthétiseur et électrification en conséquence.

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